ETTY est une jeune femme juive née en 1914 en Hollande, décédée à Auschwitz le 30 novembre 1943 à l’âge de 29 ans.

D’elle, on a des lettres écrites depuis le camp de Westerbork, camp de transit hollandais où elle séjourne à plusieurs reprises entre juillet 1942 et septembre 1943. Elle tient aussi un journal, qu’elle écrit chez elle, à Amsterdam, entre 1941 et 1943 : trois années décisives au cours desquelles elle fait l’expérience d’une transformation intérieure radicale. Elle découvre qu’une richesse de vie l’habite, se manifestant sous la forme d’une liberté inaliénable.

Mais tandis que se déploie son « espace intérieur », les circonstances extérieures s’aggravent. L’étau se resserre : les mesures coercitives et interdictrices contre les juifs hollandais s’enchaînent, les internements et déportations au nom du « travail obligatoire » s’accélèrent.

Etty refuse de se laisser envahir par la peur ou la résignation, la haine et le désespoir dont sont sujets les gens qui l’entourent. Non ! La paix et l’horreur, elle veut les assumer ensemble.

Mais cette paix profonde survivra-t-elle à l’épreuve de la promiscuité, la malnutrition, l’épuisement du travail forcé du camp de Westerbork ? Toute la belle inté- riorité d’Etty s’écroulera-t-elle comme un château de carte face aux conditions de détention très rudes du camp concentra- tionnaire ?

 

Il n’en est rien : Etty est habitée par une exigence à toute épreuve ! Rien ne peut aliéner cette liberté qu’elle a trouvée en elle-même.

 

Tout au long de son journal, elle l’affirme : Etty veut être le témoin de son époque, du martyre subi par son peuple, mais aussi, témoin de la valeur de la vie, de la possibilité de préserver sa dignité face à une entreprise d’anéantissement.

Rencontre avec ETTY HILLESUM

« Miraculeuse fleur d’humanité née au plus profond de l’horreur de son époque, elle connut le mystérieux consentement qui creuse au sein du désastre un abîme de paix. »

Catherine MILLOT

La vie parfaite, Mayenne, Éd. Gallimard, 2006

Le spectacle

Note d’intention

Au moment de son départ dé- finitif pour le camp de Westerbork, Etty avait confié les onze cahiers de son journal à une amie qui les remit àl’écrivain Klaas Smelik. C’est seulement presque quarante ans plus tard, en 1981, qu’un éditeur intéressé par le manus-crit que lui présentait le fils de Smelik fit publier des extraits du journal. Par la suite, ils furent traduits en diverses lan- gues dans quatorze pays ; la traduction française est parue en 1985 sous le titre « Une vie bouleversée ».*

« C’est ce recueil qui constitue le texte du spectacle dans lequel j’interprète Etty Hillesum, seule en scène.J’ai d’abord réalisé une sélection parmi les 350 pages du livre : cette compilation de textes extraits à la fois du journal et des lettres fonde le spectacle. »

Une mise en scène épurée et intimiste

Une petite table, une chaise, une lampe et quelques accessoires constituent l’es- sentiel de la scénographie.

La simplicité extrême des artifices théâtraux favorise la résonance du texte.

« Ainsi, mon désir est d’embarquer le spectateur dans une aventure à la découverte des mots d’Etty, dans une immersion au cœur de sa relation avec l’enfer de la Shoah. »

Pour le public, une expérience intérieure

On présentera davantage ce spectacle comme une performance, une traversée, une méditation...Le spectateur est immergé dans l’univers d’Etty, il entre dans sa pensée et s’attache à elle ; la visualiser dans son contexte et dans son quotidien permet de mieux comprendre son rapport à l’étau du nazisme qui se resserre progressivement autour de son monde.

Le spectacle est en deux parties : la première est dédiée au journal d’Etty Hillesum. Ensuite, le public est invité à partager un chocolat chaud hollandais et quelques biscuits spéculoos, en écho à une scène du spectacle. La deuxième partie présente quatre lettres qu’Etty a écrite depuis le camp de Westerbork, où elle a séjourné avant sa déportation à Auschwitz.